Si le mobile de Sans-Peur avait été ce qu'on appelle la gloire, il se serait singulièrement fourvoyé; mais son ambition était plus haute et plus noble, comme le prouva bien son discours au pied du lit de mort d'Andrès de Saïri.

Les Espagnols, enveloppés à leur tour, avaient mis bas les armes; Sans-Peur, maître de la situation, put, cette fois, s'opposer à un massacre inutile.

Les soldats prisonniers furent gardés dans les casemates de la montagne; les équipages retournèrent à leurs bords respectifs pour les déblayer, les nettoyer et réparer les avaries principales. Un bûcher se dressait sous le vent; on devait y brûler les morts. Une ambulance était improvisée sous les arbres du plateau; les femmes, dirigées par les chirurgiens des navires, pansaient les blessés des deux partis.

Sur les ruines du château, une tente, faite avec les voiles des chaloupes, abritait le vénérable cacique Andrès, qui venait de recevoir les derniers sacrements. Car, depuis bien des années, un prêtre, fils d'une Péruvienne, desservait l'humble chapelle de Quiron.

La population, assemblée sur le plateau, voyait Isabelle, ses trois enfants et son époux autour du vieillard mourant, qui les bénit sans avoir la force de prononcer une parole.

Ses derniers regards s'attachaient fixement sur Gabriel-José, son filleul, l'aîné de la famille.

Ces regards étaient tendres et pleins d'éloquence.

Léon de Roqueforte, étendant la main sur la tête de son fils, dit à haute voix:

—Mon père, en présence de votre peuple, je vous renouvelle solennellement ma parole. Je jure que cet enfant, qui porte les noms du dernier Inca, n'aura d'autre mission que de continuer, après moi, l'œuvre d'affranchissement du Pérou.

Le vieillard sourit avec reconnaissance.