—Et pour la seconde fois à la veille de sa délivrance, dit Sans-Peur en lui tendant la main.
—Commandant, répondit l'Irlandais, malgré toute ma reconnaissance envers vous, je ne saurais accepter un traitement différent de celui qui sera fait à mon camarade.
—Qu'à cela ne tienne! répliqua Sans-Peur; qu'il soit donc comme vous prisonnier sur parole, jusqu'à ce que je puisse vous rendre la liberté.
Le compagnon de Roboam Owen fit un geste de surprise.
—Je vous le disais bien, Wilson, Sans-Peur le Corsaire n'est pas un pirate, mais un loyal gentilhomme français; tous les odieux récits auxquels notre commodore croyait si fermement ne sont que des calomnies.
—Je joindrai donc mes remercîments à ceux de M. Owen, mon collègue, dit en s'inclinant le capitaine Wilson, dont la raideur ultra-britannique contrastait avec la franchise irlandaise de son compagnon de fortune.
—Ah! je suis bien heureux, monsieur Owen, ajouta Sans-Peur le Corsaire, que votre tour de corvée vous ait préservé de notre abordage.
—Mieux vaudrait peut-être avoir péri, murmura l'Irlandais avec mélancolie.
—Pourquoi ce découragement? Brave et loyal comme vous l'êtes, vous méritez un bel avenir; vous l'aurez!
Roboam Owen ne répondit point. Sans-Peur ordonna que les deux officiers anglais fussent bien traités, et ne s'occupa plus que de ses nombreux devoirs.