Le Lion de la mer se prit à rugir. Il appela à l'ordre tous les capitaines de navires et tous les chefs péruviens.

—Bon! fit Taillevent, encore quelque grand tremblement du diable, c'est sûr!... je connais ça rien qu'à la voix du capitaine.


XXXIV

LES FRANGES D'OR.

Ramené au sentiment de la justice par la noble conduite de Léon de Roqueforte, don Ramon avait abjuré les haines de sa famille maternelle. La lecture des correspondances et des mémoires posthumes du marquis son père acheva de modifier ses idées; il aurait sincèrement voulu que l'Espagne traitât en sujets et non en ilotes les descendants de la race autochtone; mais il était Espagnol et n'admettait en aucun cas les droits du Pérou à l'indépendance absolue.

Sans-Peur, le Lion de la mer, français de nation, compagnon d'armes de José-Gabriel et d'Andrès, époux d'Isabelle, ancien officier de la guerre d'Amérique, et, comme tel, ardemment épris du principe de l'indépendance des peuples, n'était retenu par aucun scrupule; il avait arboré le drapeau péruvien.

Don Ramon, malgré sa modération actuelle, ne reconnaissait que le drapeau de l'Espagne.

Dès l'instant où ils se séparèrent, le frère et la sœur étaient donc dans des camps opposés.

Heureusement, la lutte aurait lieu aux extrémités du monde, et don Ramon, persuadé qu'il ne quitterait jamais l'Espagne, comptait bien n'y prendre aucune part. La destinée en décida tout autrement. Le beau-frère de Léon de Roqueforte, le fils de l'ancien gouverneur de Cuzco, devait subir lui-même les atteintes de la politique ombrageuse qui avait autrefois persécuté le marquis son père.