—Je dois dire d'abord que le Lion de la mer a longtemps séjourné au Pérou;—on assure qu'il a de nombreux indigènes péruviens dans ses équipages, et qu'il se laisse traiter par eux de gendre du soleil.
—Allons! il ne suffit pas à votre héros d'avoir une femme brillante, il lui faut un beau-père éblouissant.
—A l'imitation des Incas, le Lion, qui, s'il est dieu, est grand chef ou roi à bien plus forte raison, aurait adopté l'usage de la borla péruvienne. Il se ceint le front de ce diadème à franges d'or tombant sur ses épaules comme une crinière.
—Ce doit être superbe.
—Eh bien, chacune des franges de sa borla est un signe au moyen duquel on peut donner des ordres aux plus farouches cannibales. Or, on racontait à Manille, avant mon départ, qu'un missionnaire anglais s'était procuré, l'on ne sait comment, une provision de ces franges merveilleuses, et que, grâce à leur possession, il faisait égorger les alliés du Lion par ses meilleurs amis, allumait la guerre entre les peuplades, et ruinerait avant peu toute la puissance de notre écumeur de mer.
Don Ramon pâlit.
—Oh! ceci est affreux! dit une Andalouse en souriant. Sur ma foi, je commençais à m'intéresser à votre galant pirate. Il se fait adorer; tant mieux pour lui. Quant au fripon d'Anglais, il m'inspire plus de répugnance qu'une chenille.
—Monsieur l'officier, dit don Ramon, l'histoire des franges d'or est-elle bien authentique?
—Je la tiens d'un missionnaire anglais qui est revenu en Europe sur le même navire que moi.
—Et vous rappelleriez-vous le nom du voleur?