—La prétention constante de notre aventurier, continua l'officier espagnol, est d'être corsaire français; il repousse avec colère la qualification de pirate, et ne fait la guerre, dit-il, qu'aux ennemis de sa patrie.
—Pourquoi mentirait-il? dit don Ramon.
—Ses équipages sont un composé de barbares effroyables, parmi lesquels les matelots français se trouvent en minorité. Il y a des Carolins, des Taïtiens, des Néo-Zélandais, des blancs, des noirs, des mulâtres, des métis de toutes les espèces. Les anthropophages y sont en nombres, et, entre nous, je crains bien que son bord même ne soit parfois le théâtre d'horribles festins.
—Ah! monsieur, interrompit don Ramon, comment concilier une pareille opinion avec le traitement courtois fait à ses prisonnières?
—La Lionne Isabelle protège sans doute son sexe.
—Oui!... oui!... s'écrièrent toutes les dames en battant des mains, cela doit être!.. c'est cela!
—Toujours est-il qu'on ne sait ce qu'il fait de ses prisonniers. Les anglais assurent que son équipage les mange.
—Oh! l'horreur!
—Il se fait adorer comme un dieu par un grand nombre de peuplades, qui le vénèrent sous le nom de Léo l'Atoua. Vous devez concevoir qu'il déteste la concurrence des marchands de Bibles. L'un de ceux-ci, pourtant, passe pour lui avoir joué un tour impayable.
—Voyons!... quoi donc?