—Le Lion de la mer! répéta don Ramon.
A ce nom romanesque, les dames qui chuchotaient à l'extrémité du salon firent silence et se rapprochèrent. Une foule de questions charmantes furent adressées à l'officier, qui se trouva bientôt entouré d'un cercle de jolies femmes jouant de l'éventail.
Don Ramon, relégué au second plan, écoutait avec une ardente curiosité.
Le galant officier reprit en ces termes:
—Le Lion de la mer passe à Manille pour un cavalier accompli. Une femme d'une admirable beauté l'accompagne dans toutes ses aventureuses expéditions, et fait les honneurs de son bord avec une grâce exquise. On assure, d'ailleurs, qu'elle a toutes les qualités d'un valeureux corsaire. Souvent elle commande la manœuvre, même pendant le combat.
—L'auriez-vous vue, seigneur capitaine?
—Non, mesdames, pour mon bonheur, sans quoi je n'aurais pas en ce moment l'inappréciable avantage d'être au milieu de vous. Jamais prisonnier masculin n'a été rendu à la liberté par le Lion de la mer.
—Il épargne donc ses passagères?
—Précisément, mesdames. J'ai connu à Manille plusieurs de ses prisonnières, qu'il relâcha sans rançon; elles se louaient toutes de ses procédés excellents, de sa courtoisie et de l'affabilité de dona Isabelle, car tel est le prénom de sa très gracieuse excellence la Lionne de la mer.
Don Ramon ne douta plus de l'identité du personnage en question. C'était bien l'époux de sa sœur, Sans-Peur le Corsaire, l'heureux vainqueur de la Guerrera.