—Puis-je me dédoubler? dit vivement Léon, ou croirais-tu M. Émile Féraux indigne de ma confiance?

—Non, non!... M. Féraux est un brave... Non! mais... dame!... on a vu partir tant de navires qui ne sont pas revenus... Et m'est avis que nous aurions grand mal à nous déhaler d'ici à la nage...

—Eh bien, regrettes-tu de n'être pas à bord... avec ta femme et ton fils?... Je n'ai qu'un signe à faire... Sois libre... s'écria Sans-Peur avec colère.

Il ne sentait que trop le danger de se séparer de ses trois bâtiments à la fois; mais sa baie et sa caverne étant désormais connues, il préférait, après mûres réflexions, les faire naviguer de conserve à les isoler. La Lionne et le Lion réunis constituaient une force imposante, car l'Unicorn, gros transport, ne pouvait guère compter comme bâtiment de combat. Les trois navires ensemble résisteraient plus aisément aux attaques, et mieux au large qu'au mouillage.

Cependant les observations du maître étaient justes; elles répondaient aux appréhensions du capitaine, qui s'emporta et ne tarda point à s'en repentir.

Taillevent s'était découvert le front; silencieux comme une statue, les yeux fixés sur son capitaine, il essayait en vain de retenir ses larmes. Ses joues bronzées et sillonnées de cicatrices en étaient baignées.

—Il pleure!... dit Parawâ.

L'emportement de Léon se calma soudain; il prit avec vivacité la main de son fidèle matelot:

—Pardon! mon vieil ami; pardon mille fois... J'ai tort!... j'ai tous les torts!...

Taillevent dit alors d'une voix douce: