Vieillards, femmes, enfants, tous les habitants de Quiron formaient un groupe considérable que protégeait une vaillante arrière-garde composée de mineurs et de cavaliers indigènes.

On ne rechercha point cette fois les chemins écartés.

On s'avançait à découvert, sans craindre de traverser les cantons occupés par les Espagnols ou les créoles.

A diverses reprises, les corregidores assemblèrent leurs milices en armes ou envoyèrent des troupes en reconnaissance; toujours la fière attitude du convoi le préserva de toute attaque.

—Qui vive? criaient les éclaireurs espagnols.

—Laissez passer un mort illustre, répondait l'un des chefs aymaras, chicuitos ou quichuas de la tête de colonne.

—Où allez-vous?

—A l'île de Plomb, pour rendre à la terre les dépouilles du dernier des Incas.

—Vous vous avancez comme une armée sous un drapeau inconnu.

—Ce drapeau est celui de notre nation et de notre chef. Il se déploie librement, mais ne menace personne. Voulez-vous la paix? laissez passer les restes du cacique de Tinta. Voulez-vous la guerre? nous sommes prêts à repousser la force par la force.