Les vigies signalaient une division française composée d'une frégate, une corvette et un transport.
Émile Féraux fit arborer au grand mât des trois navires le pavillon parlementaire, qui fut appuyé de trois coups de canon.
XXXVI
LE JEUNE PRINCE.
L'île de Plomb n'était pas assez vaste pour les multitudes réunies autour du cortége funèbre.—Sur les rives du lac demeurèrent à cheval, et prêts à repousser toute attaque, les pelotons d'avant-garde et d'arrière-garde. Sur le lac même, les barques et radeaux chargés d'Indiens formaient autant d'îlots flottants dont le nombre ne cessait de s'accroître.
Les cérémonies chrétiennes furent accomplies avec pompe; les prières des morts répétées par dix mille voix entrecoupées de sanglots. Puis la pierre tombale fut replacée sur les restes mortels d'Andrès de Saïri, cacique de Tinta, grand chef des Condors, homme vaillant qui, n'ayant jamais pris le titre d'Inca, ne laissait pourtant pas que d'en avoir exercé l'autorité depuis vingt ans sur toutes les nations fidèles.
Son grand manteau de guerre aux vives couleurs avait été enlevé de dessus le cercueil, au moment de l'inhumation. Les caciques demandèrent qu'on le partageât entre eux.
Par les ordres d'Isabelle, Liména le découpa en bandes étroites, et Gabriel procéda aussitôt à leur distribution solennelle. Il commença par sa propre mère, qui s'en fit une ceinture dont la nuance tranchait sur sa robe de deuil. Toutes les femmes l'imitèrent.
Depuis,—et de nos jours encore,—il est d'usage que les Péruviennes portent le deuil du dernier Inca, en cousant une bande d'étoffe de couleur sombre sur le côté de leurs jupes.