Les caciques se décorèrent des lanières du poncho de leur vénérable doyen et seigneur.
Mais lorsque Gabriel, qu'on voyait entre la reine Isabelle et son époux le Lion des mers, se passa autour du corps comme une écharpe la dernière bande d'étoffe, des clameurs enthousiastes retentirent, longuement répétées par les échos des montagnes.
—Vive le jeune Inca!... Vive Gabriel-José!... Vive à jamais notre prince!...
—Vive Tupac Amaru, grand chef des Condors!...
—Vive le Pérou!... Vive l'indépendance!...
Isabelle s'aperçut que Léon avait pâli.
Car à l'instant où, sur les bords du lac sacré, un véritable cri de guerre était poussé par les nations indigènes,—à l'instant où son fils en était proclamé le chef, il savait que des négociations pacifiques devaient être entamées entre sa division navale et le vice-roi du Pérou.
De longues années d'efforts avaient été nécessaires pour opérer la fusion des tribus rivales, et pour faire renaître leurs antiques espérances. Mais à cette heure, lorsque d'une seule voix elles ne demandaient qu'à secouer le joug, une haute raison d'État exigeait qu'on calmât leur effervescence.
—O mon ami! dit Isabelle, quelle est ta crainte ou ta douleur? Jamais, dans les plus grands dangers, je ne t'ai vu pâlir ainsi... Parle! A quoi penses-tu donc?
—Ils demandent la guerre, et je veux la paix maintenant. Ils veulent reconquérir l'indépendance que nous leur avons toujours promise; et si nous cédons à leurs vœux, la cause de l'avenir est perdue pour eux comme pour nous!