—Mais alors, pourquoi être venus, pourquoi les avoir rassemblés ici?

—Parce que je ne sais trahir, ni me parjurer; et dût ce peuple nous massacrer à l'instant même, nous et nos trois enfants, je préférerais périr ainsi, à m'être enfui avec mes navires, en le livrant à ses oppresseurs.

—Après avoir déchaîné la tempête, espères-tu donc la calmer? Le peuple est partout le même; celui qui nous entoure est moins civilisé assurément que le peuple français. Et tu m'as dit cent fois que si ton roi Louis XVI a succombé, c'est pour avoir fait imprudemment de trop généreuses promesses qu'il n'a plus ensuite pu tenir.—O Léon, ne reculons pas!... Il est trop tard!... Aux armes!...

—Émile Féraux propose la paix en mon nom au vice-roi du Pérou.

Isabelle pâlit à son tour.

—O mon Dieu! murmura-t-elle, par quel motif m'as-tu caché tes desseins?

—Pardonne-moi, Isabelle!... Car ce ne fut point à une mère que l'Éternel demanda le sacrifice d'Abraham!...

Isabelle, éperdue, se précipita sur son fils Gabriel, et l'embrassant avec force:

—Non! non!... jamais!... non! je ne l'abandonnerai pas!...

Léon se plaça entre elle et les deux frères jumeaux.