—J'y consens!... nous nous séparerons!... mais ceux-ci m'appartiendront, et je les emmènerai...
—Eux!... ils sont à moi aussi! s'écria la jeune mère courant vers eux avec amour. Non! non! je ne veux pas qu'ils me soient arrachés!
—Il faut choisir pourtant! dit Léon avec un calme terrible. Il faut choisir, madame!... Et voilà pourquoi mon cœur brisé a gardé le silence; voilà pourquoi, me défiant de mes forces, je me suis mis en présence de ces peuples à qui appartient notre fils Gabriel.
—Restons tous ensemble!
—Femme!... croyez-vous donc votre époux capable d'une lâcheté?
C'eût été une lâcheté, en effet, que de déserter à la fois la division navale engagée dans des négociations délicates, et les îles de l'Océanie où, par suite du vol des franges d'or, des ennemis commandaient maintenant au nom de Léo l'Atoua.
Isabelle en savait assez pour comprendre dans toute son étendue la foudroyante réponse de son mari. Pressant ses trois fils contre son sein maternel, elle s'agenouilla en demandant à Dieu d'avoir pitié de ses angoisses.
Cependant, les caciques chefs de tribus, rassemblés en conseil dans les ruines du temple, non loin de la tombe d'Andrès,—étonnés, immobiles, muets et saisis d'un respect profond,—ne savaient comment interpréter cette scène douloureuse.
Les peuples faisaient silence.
Alors, Léon s'avança et dit d'une voix ferme: