Les harnais furent empilés dans le premier trou venu; on les recouvrit de terre, de branchages et de feuilles. Quelques gauchos conduisirent les bêtes à l'abattoir, où ils les oublièrent pour aller boire au cabaret voisin.

Enveloppé dans un poncho qui cachait sa face tatouée, Parawâ suivit Léon et Taillevent jusqu'à la demeure de l'agent secret que le cacique Andrès n'avait cessé d'entretenir au centre du gouvernement espagnol.


XXXVII

L'OPINION PUBLIQUE A LIMA.

La défiance de la police liménienne,—fort affairée d'ailleurs,—ne pouvait guère être éveillée par l'arrivée d'une centaine d'hommes vêtus comme les campagnards des environs et entrés dans la ville pêle-mêle avec ceux qui approvisionnaient le marché.—Ce n'était point aux portes de terre qu'on veillait, mais bien à celle qui conduit au Callao.

L'opiniâtre croisière des trois navires français, louvoyant bord sur bord devant les passes, défrayait toutes les conversations.

A midi, le vice-roi fut officiellement informé qu'une barque de pêcheurs, trompant la surveillance des chaloupes gardes-côtes, avait gagné le large et abordé la frégate française.

Son Excellence poussa un juron de la gorge. Une estafette alla porter sur-le-champ quinze jours d'arrêts forcés à tous les gardes-marines de service.

A deux heures, le vice-roi reçut un rapport du commandant de la citadelle du Callao, l'avisant que les corsaires se rapprochaient audacieusement, que les canonniers des forts étaient à leurs postes et qu'on s'attendait à une attaque.