Son Excellence jura plus fort en frappant du pied et donna charitablement à tous les diables les insupportables navires qui, depuis quelques jours, l'empêchaient de prendre aucun repos.

A trois heures, le vice-roi fut averti que les Français, en panne devant les passes, déployaient à leurs mâts des pavillons de toutes les couleurs et paraissaient faire des signaux.

—A qui?... demonio de la damnacion! hurla Son Excellence, qui manda son secrétaire de police, l'accabla de reproches et n'en fut pas plus avancée.

A quatre heures, la sieste du vice-roi fut troublée par la nouvelle que les Français mettaient leurs chaloupes à la mer. On craignait un débarquement, et l'on supposait que l'ennemi avait des intelligences dans la place.

Son Excellence tonna, jura pis qu'un possédé, mit sous les armes toutes ses troupes, infanterie et cavalerie, les harassa par des ordres et des contre-ordres sans fin, mais en fut pour ses dispositions militaires, car les Français se bornèrent à garder à la remorque toutes leurs grosses embarcations.

Des dépêches de l'intérieur achevèrent d'exaspérer le vice-roi:

«Tous les villages indiens étaient abandonnés par leurs habitants, qui s'en allaient, caciques en tête, se grouper sous les ordres du Lion de la mer!...

«Sur les flancs del Fondo, une troupe de cavaliers, commandée par le Lion de la mer, avait passé sur le corps à un escadron de chasseurs royaux.

«Dans la vallée de la Pinta, l'on avait vu courant au triple galop une bande de gauchos servant d'escorte au terrible Lion de la mer

Le gouverneur de la prison où était enfermé don Ramon se présenta chez le vice-roi. On venait de saisir entre les mains du prisonnier un document signé par le Lion de la mer.—C'était la copie de la note adressée au vice-roi lui-même.