Tout cela fut dit avec une aisance admirable, d'un ton simple et conciliant qui plut aux officiers espagnols eux-mêmes.
—Voyons! monsieur le corsaire, voyons! expliquez-vous, dit le vice-roi.
Wilson haussa les épaules; Sans-Peur lui lança un regard de mépris; puis, avec un sourire:
—Je veux la paix, j'apporte la paix. La France et l'Espagne sont non-seulement en paix, mais étroitement alliées, et lorsqu'en Europe elles combattent ensemble contre les ennemis communs, nous continuerions ici à nous faire la guerre!... Non, non! je tiens trop à la paix; aussi me suis-je bien gardé de croiser l'épée avec celle de ces messieurs. Ils ont déjà pu voir à ma seule attitude combien mes intentions sont pacifiques.
Léon de Roqueforte, à ces mots, s'assit en face de la vice-reine.
—Son Excellence vient de me donner le nom de corsaire, je l'en remercie. Elle reconnaît donc que l'honorable lieutenant Owen a dit la vérité en me défendant contre la méchante qualification de pirate. Comme corsaire français, je n'attaque jamais que les ennemis de la France. Seulement, quand on m'attaque, moi, quand on me menace, je ne fais pas toujours comme ce soir, et mon épée sort volontiers du fourreau. C'est ainsi que naguère, à Quiron, j'ai eu la douleur de me battre contre les troupes de Son Excellence, à qui je rendrai mes prisonniers dès demain, si elle veut bien y consentir.
—Elle y consentira, nous l'espérons toutes, dit la vice-reine.
—Madame! interrompit son époux avec aigreur; je consens... je consens...—et c'est déjà beaucoup trop!...—à écouter monsieur le comte!...
Le titre de comte, publiquement accordé à l'homme que monseigneur n'avait cessé de traiter de forban, était une concession évidente. Léon salua et poursuivit:
—Quand je fais la guerre, je la fais de mon mieux. Quand je veux la paix, je la veux bien; monsieur le marquis de Garba y Palos, mon noble beau-frère ici présent, pourrait l'attester. Il pourrait vous raconter, mesdames, comment il m'accueillit lorsque j'allai lui demander la main de sa sœur. Il était au milieu d'un peloton de miquelets qui me mirent en joue; il me traitait, lui aussi, de pirate; il m'insultait gravement, mais je voulais la paix, et mieux que la paix,—mon cœur était plein de sympathies chaleureuses,—je fus calme, et don Ramon finit par m'écouter. Le soir même, j'étais l'époux de votre digne compatriote, Isabelle la Péruvienne, dont je m'épris, mesdames, dans votre ville, à Lima, en la voyant traverser cette place...