—Ma division s'avance en branle-bas de combat; dans une demi-heure, elle sera devant le fort de Callao.

—Cet impudent étranger sera-t-il supporté ici plus longtemps? interrompit avec violence le colonel espagnol.

Un excentrique Anglais serait fier du sang-froid que déploya Léon de Roqueforte. Il regarda son interrupteur d'un air dédaigneux, et demanda curieusement le nom de ce colonel mal élevé.

—Il s'appelle Garron y Quizâ, lui répondit-on.

—Eh bien, monseigneur le vice-roi, je prierais volontiers Votre Excellence d'accorder au colonel Garron y Quizâ le droit de conclure la paix, tant je suis sûr que tout finirait au mieux.

—Par la sainte croix! vos partisans seraient bientôt en poussière! s'écria le colonel.

—Parlez vous sérieusement, monsieur le comte? demanda le vice-roi devenu fort soucieux.

Ses idées se modifiaient singulièrement depuis que le corsaire parlait et agissait en sa présence. Après avoir tenu tête avec une opiniâtreté systématique à toutes les autorités de la ville, le vice-roi ne voulait point reculer, mais il se sentait dans son tort à tous les points de vue. Un faux-fuyant s'offrait a lui;—il s'en saisit d'autant plus volontiers que le colonel venait, par deux fois, de s'exprimer avec insolence.

—Monseigneur, répondit Léon, je parle sérieusement, très sérieusement, foi de gentilhomme français. Je ne vous demande plus la paix, maintenant; je vous prie d'accorder vos pleins pouvoirs au colonel Garron y Quizâ. Ce sera fort gai, mesdames...

Le colonel rougit, pâlit, et s'avança menaçant.