A la posada des Rois mages, il avait payé sans compter et libéralement fait l'aumône aux curieux attroupés sur son passage.
Son courage, son dévouement, sa belle mine, sa récente victoire, le succès de sa manœuvre dans les récifs de la passe, et enfin sa conduite envers la fille du marquis de Garba, transformaient presque en sympathie les préventions des riverains. Les plus timides voyaient à sa ceinture une paire de pistolets étincelants. Les plus hostiles songeaient aux cent vingt hommes d'équipage et aux dix-sept canons du brig, dont la pièce de bronze à pivot était,—au dire des bavards,—un prodige d'artillerie.
Du milieu de la foule partit un souhait qui plut à Léon et à Isabelle:
—Bonheur aux futurs époux.
—Pour boire à leur mariage, qui sera célébré ce soir dans la chapelle du château! répondit Léon en jetant une dernière bourse d'or à l'hôtelier des Rois mages.
Et les fiancés partirent au galop.
Déjà depuis près d'une heure le Lion avait repris son mouillage sous le château de Garba.
Maître Taillevent, perché sur l'affût de la longue pièce à pivot, dirigeait les travaux du bord, surveillait la réparation des avaries, et attendait impatiemment que son capitaine reparût.
—Tiens! il est à cheval! s'écria Camuset le novice, revenu de l'infirmerie où les pansements étaient enfin achevés.