Il avait fallu plus encore pour que l'effrayante manœuvre de la matinée eût été combinée et exécutée par un tel marin.

Mais surpasser en audace Isabelle l'amazone, et cela pour lui sauver la vie, c'était assurer d'un coup le triple but qu'il se proposait,—non depuis quelques jours, mais depuis de longues années, et surtout depuis le moment où,—déguisé en simple mineur péruvien,—il avait revu la jeune fille passant au bras du marquis son père, et s'embarquant pour l'Espagne.

Et tout l'édifice de son avenir s'écroulait, s'il la laissait misérablement périr.—Il risqua tout; il réussit.

Le succès justifia sa tentative presque insensée, qui ravit d'admiration les corsaires, en imprimant aux Galiciens du canton une terreur superstitieuse.

Il avait su être plus que téméraire, on le prit pour un démon.

Il sut être magnifique en semant l'or à pleines mains.

Il fut adroit en ordonnant des prières à Notre-Dame-du-Salut;—mais au demeurant, cette adresse ne fût point hypocrite: il avait la foi d'un matelot, tout gentilhomme et tout républicain qu'il était. Le comte Léon de Roqueforte n'était pas un freluquet de cour trouvant matière à railleries dans les mystères de la religion chrétienne; le corsaire républicain Sans-Peur n'était pas un sans-culotte voulant à la Diderot «des boyaux du dernier prêtre, serrer le cou du dernier roi.»

Du reste, il était roi lui-même,—il était roi, comme on le verra,—et ne souhaitait aucunement de finir par la corde, fût-elle de boyaux.

—S'il veut qu'on prie la sainte Vierge, il n'est ni le diable de l'enfer, ni un suppôt de Satan, disaient les femmes émerveillées de la beauté virile du corsaire aux cheveux d'or.

En Galice, les montagnards ont cela de commun avec les Basques leurs voisins, qu'ils se piquent d'être alertes et habiles à l'exercice du saut. Le bond du capitaine corsaire, de l'extrémité d'une vergue mobile sur la pointe aiguë et glissante du roc, son agilité à le gravir devaient prédisposer en sa faveur un certain nombre de jeunes gens.