—Je connais d'avance ses sentiments, mais s'il est de fer, je suis de feu, moi!... s'il a ses miquelets et ses vassaux, j'ai mon équipage!... s'il me suscite des obstacles, je les pulvériserai.

Sur ces mots, changeant de ton, comme il lui arrivait sans cesse:

—Quelque pressé qu'on soit, dona Isabelle, il faut déjeuner, surtout lorsqu'on ne sait quand on dînera. J'ai passé la moitié de la nuit à surveiller les mouvements de l'ennemi; au point du jour, j'ai livré combat, et le feu lui même s'éteint faute d'aliments.

Ce jeu de mots fit sourire l'amazone, qui ne refusa point de partager la collation matinale.

Le repas fut court et frugal. Dès qu'il fut achevé, Sans-Peur offrit l'appui de son épaule à la jeune fille, qui sauta légèrement à cheval; lui-même fut aussitôt en selle. Le Galicien de la falaise, écuyer improvisé, se tenait prêt à les suivre.


V

BRANLE-BAS DE COMBAT.

La crique de Garba n'est défendue par aucun fort.—Soit négligence de la part du gouvernement espagnol, soit confiance dans les bancs de récifs qui en rendent l'entrée presque inabordable, soit enfin parce qu'il n'existe aux alentours aucune place de quelque importance, elle est ouverte à tout navire audacieux qui, comme le Lion, ose se risquer parmi les brisants.

Sans-Peur était trop habile marin pour qu'une savante prudence ne tempérât point sa témérité. Il jouait sa vie avec un sang-froid merveilleux; il n'exposait pas niaisement son navire aux probabilités du naufrage. Aussi, n'avait-il rien moins fallu qu'un triple intérêt d'amitié reconnaissante, d'ambition et d'union conjugale, pour que le capitaine du Lion choisît un tel abri, pendant la saison d'hiver, quand les coups de vent des Açores mettent à chaque instant en fureur les eaux dangereuses de ces parages.