La division fit voile pour Cadix, où un officier, chargé des pleins pouvoirs du roi Ferdinand VII, s'embarqua sur l'Illustrious.

A bord du même vaisseau se trouvaient, d'une part, le lieutenant Roboam Owen, attaché, par ordre ministériel, à l'expédition comme possédant des connaissances hydrographiques spéciales,—et, d'autre part, le révérend Pottle Trichenpot, l'un des directeurs des missions anglaises en Océanie.

Pottle, qui avait autrefois ciré les bottes du lieutenant Owen, le lieutenant Owen, dont Pottle avait autrefois ciré les bottes, se rencontrèrent à la même table avec un égal déplaisir.—Ils firent semblant de ne pas se reconnaître.

Pottle voulut tout d'abord se mêler des affaires de service de la division navale. Mais le commodore Wilson, non moins têtu pour ses amis que pour ses ennemis, prit le contre-pied de tous les avis du révérend directeur.—Aussi dispersa-t-il fort imprudemment ses navires.

Et voilà tout justement pourquoi sa petite frégate la Pearl portait maintenant les couleurs françaises et le nom sacré de Lion, par une conséquence forcée d'un fort beau combat naval.

L'ex-Pearl, désormais le Lion, était le navire sur lequel Sans-Peur le Corsaire jugea bon de passer en abandonnant sa pauvre Lionne, usée de la quille à la pomme comme ne le fut jamais le couteau de Jeannot.—L'Unicorn n'était plus depuis trois ou quatre ans.—En revanche, sous l'escorte du Lion naviguait un délicieux paquebot, très faible d'échantillon, mais d'une marche supérieure qui lui avait valu le nom d'Hirondelle.


—Voile! cria l'homme de vigie à bord du Lion... Très haut mâtée... ajouta-t-il au bout d'une minute.

Déjà Gabriel était sur les barres de perroquet avec sa longue-vue en bandoulière. Camuset l'y suivit comme de raison.

—Je n'ai jamais vu un aussi gros navire! dit le jeune héritier des Incas.