Wilson était encore injuste et ingrat, car son camarade ne l'oublia pas un seul instant.

Retourné en Europe avec un sauf-conduit, à bord du même vaisseau de transport qui déposa en Espagne les prisonniers de guerre délivrés enfin des mines par les ordres d'Isabelle,—Roboam Owen se hâta d'instruire son gouvernement de la situation du capitaine Wilson. Il fit plus encore, il intéressa plusieurs amiraux à la délivrance de cet officier, qui, par suite de ses démarches, fut compris dans un cartel d'échange.

A peine de retour à Londres, Wilson se trouve en faveur. Un pouvoir occulte, qui s'opposa toujours à l'avancement de Roboam Owen, pousse au contraire d'une manière insolite le haineux Wilson, qui était bien et dûment commodore quand il fut appelé au commandement du vaisseau de 74, l'Illustrious.

La société biblique et commerciale des missions évangéliques, sur les instances du révérend Pottle Trichenpot, l'un de ses membres les plus intelligents et les plus actifs, avait évidemment fait son affaire de l'avenir du capitaine Wilson.

«Il avait été prisonnier du pirate s'intitulant Sans-Peur le Corsaire.

«Il s'était déclaré son ennemi avec la plus louable ingratitude; il le détestait profondément, et le calomniait de bonne foi.

«Il était opiniâtre, bon marin, et bilieux.

«Deux années de captivité au Pérou devaient le rendre intraitable.»

Tels étaient les titres du commodore à la haute protection de la société biblico-commerciale, qui le fit nommer au commandement des forces navales envoyées dans les mers du Sud, pour protéger les missions anglaises et purger l'Océanie des nombreux aventuriers, forbans ou bandits français qui l'infestaient et l'opprimaient au nom du susdit pirate dit Sans-Peur, odieux papiste qui protégeait des prédicateurs catholiques ne vendant rien et ne visant à usurper aucun pouvoir.

L'Illustrious, de 74, la frégate la Pearl, de 40, et plusieurs bâtiments de rang inférieur partirent de Plymouth vers l'époque où la guerre fut déclarée à l'Espagne par l'empereur des Français.