Le cas qui se présentait était prévu depuis longtemps:—«Si don Ramon cessait d'être gouverneur de Cuzco, et surtout si la guerre éclatait entre l'Espagne et la France, Isabelle devait immédiatement se réfugier au milieu des Quichuas, entretenir des vigies sur le littoral et se tenir prête à regagner la baie de Quiron.»
Isabelle avait suivi ces instructions à la lettre. Les vigies postées sur les mornes guettaient les mouvements du large. Dès qu'elles signalèrent un vaisseau de ligne anglais chassant deux navires sans pavillon, des exprès en instruisirent Isabelle, qui fit ses préparatifs de départ. Bientôt on lui annonça que les bâtiments poursuivis avaient hissé les couleurs françaises et la bannière du Lion de la mer. Accompagnée d'un immense cortége, elle se dirigea sur la baie de Quiron, que les Espagnols avaient laissée inoccupée.
Lorsqu'elle y campa militairement, aucun des trois navires n'était en vue.
Vingt-quatre heures s'écoulèrent dans l'anxiété.
Enfin, un seul bâtiment, l'Hirondelle, entra dans la baie; à son grand mât était arboré le pavillon péruvien.
—Mon fils Gabriel est à bord!... mais mon époux, ô mon Dieu! mon noble époux aurait-il succombé?
—Si mon père est mort, nous le vengerons, dit Léonin qui tenait son frère Lionel embrassé.
Lionel et les enfants de Liména répétèrent les paroles du jeune lionceau.
Isabelle pressait contre son cœur sa petite Clotilde.
—O mon Dieu, murmurait-elle, son père ne la reverra-t-il plus?