La Lionne appareillait pour Port-Jackson.


Déguisée en gros transport anglais, au moyen de masques en toile à voiles, la frégate pénétra hardiment dans la rade ennemie, car Parawâ venait de reconnaître le fameux navire des missionnaires.

Au coucher du soleil, on mouilla bord à bord.

Presque aussitôt, il fut enlevé par surprise.

L'alarme fut jetée pourtant.—Quatre navires de guerre et deux fortins canonnèrent la Lionne; mais la fortune, dit-on, favorise les audacieux. La ruse et la force, l'adresse et le courage n'auraient peut-être point suffi pour assurer l'invraisemblable succès de Sans-Peur. Heureusement, une épouvantable tempête, qu'il avait prévue à la vérité, lui permit d'éviter un combat inégal.

Ainsi fut conquise son Hirondelle, qu'il destinait à conduire en France Isabelle et ses trois derniers enfants.

Lui-même, alors, il pensait à s'y rendre.

Le Lion de la mer voulait se présenter au lion de la terre, l'empereur Napoléon, et obtenir son appui pour résister moins difficilement aux forces anglaises. La capture de la Pearl acheva de le décider à prendre ce parti, car il apprit, par les papiers trouvés à bord, que la guerre était déclarée à l'Espagne.

A quoi bon laisser Isabelle et ses jeunes enfants en péril dans les possessions espagnoles du Pérou, lorsque Gabriel était enfin d'âge à répondre aux espérances des indigènes?