Le commodore Wilson, quand il fut bien convaincu que la Pearl était tombée au pouvoir de Sans-Peur, pinça les lèvres, baissa le nez et fut bien obligé de s'avouer que c'était par sa très grande faute:—«Pottle Trichenpot lui avait bien assez conseillé de ne point se séparer de sa frégate.» Mais au bout de cinq minutes, il redressa le nez, et rouvrant la bouche, il dit avec conviction:

L'Illustrious marche beaucoup mieux que la Pearl. Nous avons soixante-quatorze canons de gros calibre, et le pirate français n'en a que quarante de moindre portée. Consolons-nous! Il sera coulé ou pris, c'est inévitable, et s'il est pris, mon cher monsieur Trichenpot, il sera pendu sur-le-champ.

—Amen! fit le révérend Pottle.

Roboam Owen, qui ne perdit pas un mot de cet odieux entretien, sentit son cœur se soulever d'indignation. La bassesse de Pottle ne pouvait l'étonner; mais l'ingratitude du commodore Wilson révoltait sa nature loyale. Toutefois il sut demeurer impassible.

—Lieutenant Owen, que pensez-vous? lui demanda brusquement le commodore.

—Je pense que le vent peut changer et que Sans-Peur le Corsaire n'est jamais à court de stratagèmes.

—Oh! oh!... Mais... un moment, s'il vous plaît! Vous dites corsaire, lieutenant Owen; c'est pirate qu'il faut dire, pirate, vous entendez!

L'officier irlandais connaissait l'esprit étroit et faux de son ancien camarade,—il n'essaya point de protester, salua sans affectation et se promit d'employer au besoin quelque terme qui, sans être injurieux pour Sans-Peur, ne risquât point d'être désapprouvé.

—Le vent ne change guère en cette saison dans ces parages, et quant aux ruses de ce forban, je saurai les déjouer!... dit hautement le commodore.

Roboam Owen faisait des vœux ardents pour que la frégate de Sans-Peur parvînt à s'échapper.