L'honnête Tom Lebon continuait à chantonner en faisant une queue de rat sur le bout d'on ne sait quel cordage. Infiniment moins grognard que son matelot Taillevent, il se résignait à son triste sort. Depuis seize ans passés, sa femme et ses enfants vivaient en France, à Port-Bail; depuis seize ans passés, il faisait la guerre aux Français et se battait en conscience, non sans regrets, mais en brave marin qui remplit son devoir. A bord de l'Illustrious, personne n'était plus indifférent que lui aux résultats de la chasse.
A bord de la frégate la Pearl, ou pour mieux dire le Lion, Sans-Peur, son fils Gabriel, Émile Féraux, capitaine de pavillon, maître Taillevent, Parawâ-Touma, et foule d'autres, ne tardèrent point à s'apercevoir que l'Illustrious avait l'avantage de la marche. Mais en revanche, l'Hirondelle l'emportait, et de beaucoup, sur le vaisseau, puisqu'elle était obligée de carguer sa grand'voile pour naviguer de front avec la frégate.
Les deux conserves ayant une avance considérable, Sans-Peur calcula qu'elles seraient encore à plus d'un mille du vaisseau lorsque viendrait la nuit. Il donna ses ordres au capitaine Féraux et se retira dans sa chambre pour écrire à Isabelle.
On torchait toute la toile possible.
Avec la pompe à incendie, on arrosait les voiles pour en resserrer le tissu et ne rien perdre de la brise ronde, mais très maniable, qui poussait les trois navires.
Les meilleurs timoniers se relevaient à la roue du gouvernail: «Pas de distractions! naviguons droit! Attention à ne pas embarder de l'épaisseur d'un cheveu.»
Les gens de l'équipage reçurent l'ordre de se coucher à plat pont; l'immobilité leur fut recommandée.
La situation était telle, que Taillevent ne grognait pas. Il fumait avec la gravité d'un pacha turc. Camuset et Liméno, étendus à ses pieds, le regardaient sans se permettre de l'interroger.
—Gros vaisseau! dit Baleine-aux-yeux-terribles.