La meurtrière fusillade mettait au désespoir le commodore Wilson. Il s'aperçut à ses dépens qu'il venait de commettre une faute capitale, en négligeant de démâter la frégate, où déjà on s'apprêtait à lancer les grappins d'abordage. Camuset et Liméno étaient dans la hune de misaine avec Gabriel, chargé de cette importante opération.
Mais le commodore avait la ressource de virer de bord, et de présenter à l'ennemi ses trente-sept autres canons chargés d'avance.—Pare à virer! commande-t-il.
Sans-Peur aurait pu imiter sa manœuvre, et se maintenir ainsi par le travers des batteries déchargées; mais sentant que le Lion coulait, il brusqua le dénoûment et lança en grand, contre l'avant de l'Illustrious dont la vitesse s'amortissait, sa petite frégate qui craqua et fut à demi défoncée. Mais cinquante grappins à la fois mordirent le gréement ou les pavois du vaisseau.
—A l'abordage! commande Sans-Peur.
Émile Féraux, à la tête de la première division, se précipite sur l'avant de l'Illustrious, où une troupe compacte de soldats de marine l'attend baïonnette croisée.
La frégate devant forcément s'accrocher par l'arrière, à la hauteur du grand mât du vaisseau, Sans-Peur ralliait autour de lui la deuxième division.—Le second choc eut lieu.
—A bord! crie le Lion de la mer.
Il avait vu jusque-là Taillevent auprès de lui. Tout à coup, le maître disparut en poussant un hurlement de désespoir qui domine le tumulte, et dont aucune vocifération humaine ne saurait donner une idée.
—Où est-il?... que fait-il? demanda Sans-Peur avec émotion.
—Voyez! là!... répond Parawâ en montrant le maître qui, par des bond furieux, venait d'atteindre l'extrémité de la vergue de misaine de l'Illustrious.