—Le Lion de la mer ne meurt pas!
Chose merveilleuse, quoiqu'il essuyât à chaque instant le feu des Anglais, il n'avait reçu que des blessures sans gravité.
Semblable au dieu de la guerre navale, il donnait ses ordres avec un calme superbe. Laissant au peloton sacré de Taillevent et de Parawâ le soin de défendre sa propre vie, il veillait surtout à ce que les Anglais ne pussent défaire les systèmes d'amarrage. Aussi, plusieurs fois, au lieu de se garantir lui-même, déchargea-t-il ses pistolets sur des gabiers ennemis trop intelligents ou trop alertes.
Roboam Owen s'était retiré sur le bastingage de tribord, et de là dirigeait les mouvements des matelots anglais, qui ne gagnaient plus un pouce de terrain sur la deuxième division des corsaires.—A la vérité, ceux-ci ne combattaient plus à découvert, car ils avaient improvisé une sorte de retranchement à l'aide des espars brisés, des voiles de la frégate tombées avec leurs vergues, des hamacs anglais jetés hors du bastingage de bâbord, et d'un amas d'ustensiles sur lesquels s'entassaient les cadavres.
L'Hirondelle était à perte de vue.
Gabriel, Camuset, Liméno et les Quichuas auxiliaires avaient été recueillis par les balses.
—Tout va bien! dit Sans-Peur, qui haussa les épaules en entendant le commodore Wilson donner l'ordre de démarrer et de diriger sur les abordeurs deux canons chargés à mitraille.
—Trop tard!... monsieur le commodore... trop tard! s'écria Léon.
Tous les Anglais à la fois poussèrent un cri d'horreur;—la frégate enfonçait sans bruit maintenant, sa cale et son entrepont étaient noyés au ras des sabords de la batterie;—le vaisseau engageait.
Le vaisseau engageait, c'est-à-dire qu'il penchait au point de courir risque de chavirer comme un frêle canot.