Au moment où, le poignard en main, Sans-Peur allait se jeter sur l'homme de barre et saisir la roue du gouvernail, il se trouva en face de Roboam Owen, qui lui dit:
—A quoi bon?... Assez de sang!... capitaine, et mourons amis si vous le voulez bien.
Tom Lebon ouvrait les bras à Taillevent.
Quant à Parawâ, il venait d'être renversé de nouveau par un soldat de marine qui s'accrochait à ses jambes.
Un nombre infini de petites scènes analogues, terribles, touchantes, grotesques ou exécrables eurent lieu pendant cette minute de l'engagement du vaisseau, instant dramatique s'il en fût.
Mais soudain des craquements, comparables au bruit que rendrait une forêt foudroyée, furent suivis d'un second bouleversement général.
Toutes les amarres cassaient.
Le Lion coulait, laissant suspendus au vaisseau des fragments de sa mâture ou de son plat-bord, mais, d'autre part, entraînant dans les profondeurs de la mer d'énormes pièces de charpente arrachées au vaisseau lui-même.
L'abîme se creusa,—les flots soulevés passèrent par-dessus l'Illustrious brusquement rejeté sur tribord, où roulèrent tous les hommes et tous les apparaux entassés.—Les deux canons démarrés bondirent d'une telle force, qu'ils brisèrent la muraille et disparurent.
L'action des voiles, combinée avec l'épouvantable oscillation du vaisseau, le pencha sous le vent si fort qu'il faillit engager coup sur coup dans le sens opposé. Le moindre poids ajouté à tribord l'eût fait chavirer. Si ses sabords de ce côté n'avaient été fermés aussi bien que ceux de l'autre, il coulait.—Enfin, le gouffre ouvert par la frégate l'attira, il glissa sur la pente du tourbillon et fut si près de sombrer, que Sans-Peur prit la main du lieutenant Owen en répétant: