Les hommes avaient eu le temps de se relever et de se reconnaître.
Sans-Peur donnait ses ordres à voix basse; il rampait, ainsi que Taillevent et Parawâ, vers la roue du gouvernail, dont les corsaires n'avaient jamais pu s'emparer.
Or, l'abordage ayant eu lieu par le côté d'où soufflait le vent, il s'ensuit que la brise très fraîche qui venait de terre gonflait les voiles et contribuait à soutenir le vaisseau. L'inverse se serait produit si l'abordage avait eu lieu du bord opposé, c'est-à-dire, si le vent avait tendu à faire pencher l'Illustrious dans le sens où le Lion l'attirait.
Le Commodore Wilson avait toujours eu soin de conserver cet avantage;—un coup de barre au gouvernail pouvait le lui faire perdre, surtout si les corsaires, selon les derniers ordres de Sans-Peur, réussissaient à couper certains cordages, techniquement les écoutes des focs.
Les écoutes des focs étaient fort loin, les matelots expédiés dans leur direction devaient être massacrés ou faits prisonniers avant de les atteindre. La roue du gouvernail était tout près, mais encore fallait-il s'en saisir.
La pression de la mer sur les sabords de la batterie basse fut si violente, que trois d'entre eux cédèrent. Les flots entrèrent dans le vaisseau.
—Ah! Ah! nous y sommes! cria Sans-Peur.
Plusieurs de ses derniers compagnons n'hésitèrent plus à se jeter à la nage.
Pottle Trichenpot, blotti au pied du mât d'artimon, tremblait de tous les membres. Roboam Owen sourit de pitié.
Le commodore Wilson ne donna aucune marque de faiblesse, mais il était exaspéré;—il en avait bien le droit.