Mais celui-ci s'emparait de la position la plus convenable. Il postait ses compagnons à la garde du seul chemin qui conduisît au lieu de débarquement, se mettait en faction sur le perron du château, et se tenait ainsi prêt, en cas d'alerte, à donner au brig le signal du combat, tout en courant au secours de son intrépide capitaine.


Le grand salon du château de Garba, situé au rez-de-chaussée au delà du vestibule, était une pièce sombre et sévère, de forme octogone, très haute de plafond, carrelée en pierre, et communiquant par des corridors avec les tourelles où les miquelets tenaient présentement garnison. Il était, du reste, assez mal meublé de siéges armoriés mais vermoulus, d'une longue table en bois de chêne et de quelques trophées couverts de poussière.

De vieux portraits de famille noircis par le temps en décoraient les murs, tapissés de velours bien déchiqueté par les vers.

Parmi les portraits, Léon remarqua ceux du marquis de Garba y Palos, ancien gouverneur de Cuzco, et de ses deux femmes: l'une, la mère de don Ramon, en costume espagnol du milieu du dix-huitième siècle; l'autre, la mère d'Isabelle, en costume de Péruvienne indigène de la classe supérieure, le manto noir rejeté sur l'épaule, la robe blanche, à demi-montante, sans garnitures, col ni fraise, les cheveux longs, bouclés, et retenus sur le front par un cercle d'or formant diadème.

L'infortunée Catalina était représentée avec des bracelets ornés de pierreries et un collier de rubis, un éventail chinois à la main, et souriant de cet irrésistible sourire qui charma le marquis de Garba y Palos dès le premier jour qu'elle lui apparut.

A l'époque où le fier hidalgo, devenu veuf, fut appelé à un gouvernement dans les possessions espagnoles du Pérou, une paix profonde y régnait entre les descendants des Indiens courbés sous le joug et ceux de la race conquérante; mais les abus des corregidores ou commandants de districts devenaient plus intolérables de jour en jour. Quelques plaintes étaient parvenues jusqu'en Espagne; le marquis, dont la cour connaissait le caractère juste, ferme et intègre, reçut la mission de les apprécier à leur valeur, pour y donner ordre si elles étaient fondées.

Dès son arrivée, il se mit donc en rapports directs avec les chefs des naturels, les caciques, comme l'on disait vulgairement, quoique le vrai nom péruvien fût curacas. La conquête du Mexique ayant précédé celle du Pérou, les Castillans importèrent les dénominations mexicaines dans leur nouvelle conquête, où le nom de cacique prévalut même parmi les indigènes.

José Gabriel, qui passait déjà pour être de la race divine des Incas, Andrès de Saïri, son neveu, père de Catalina, se présentèrent des premiers devant le gouverneur de Cuzco. Les premiers, ils lui firent entendre les doléances des malheureux habitants du pays.

—Seigneur gouverneur, dit Andrès, les corregidores chargés de nous fournir les objets qui nous sont nécessaires, abusent de leur privilége et forcent les plus pauvres à payer fort cher toutes sortes de marchandises inutiles.