Après une inclination silencieuse de don Ramon, le corsaire ajouta:

—J'ai pris, il y a dix jours, mon mouillage sous les murs de votre château, avec le dessein, bien arrêté dans mon esprit depuis deux ans, d'épouser mademoiselle votre sœur.—Qui je suis, pourquoi et comment j'ai formé cet espoir de bonheur, vous allez le savoir. Avant tout, je devais m'assurer que le cœur et la main de dona Isabelle fussent libres, qu'aucune parole n'était donnée, et qu'en un mot je n'arrivais pas trop tard. J'espérais que le glorieux marquis votre père dont Dieu ait l'âme! vivait encore.

Don Ramon et Léon se levèrent, Isabelle s'inclina au souhait pieux de Léon; les deux cavaliers se rassirent, la conférence continua.

—Je voulais enfin me présenter d'une manière éclatante à celle aux pieds de qui je dépose mes vœux. J'ai eu le temps d'apprendre tout ce qu'il m'importait de savoir, et notre combat de ce matin m'a fourni l'occasion que je cherchais. Le Lion a pris à l'abordage et brûlé une corvette anglaise; ma cale est pleine de prisonniers de guerre; c'est même un motif de plus pour que j'aie hâte de toucher en France, où je les déposerai; après quoi je donnerai suite à mes vastes projets, qui se rattachent d'ailleurs à mon mariage.

Don Ramon se contint non sans un mouvement d'humeur qui n'échappa point à Isabelle.

—Qui je suis? continua le corsaire. Le chef des plus braves entre les enfants de la mer,—l'égal des plus grands et des plus fiers, monsieur le marquis,—un citoyen français, avant tout citoyen du monde,—un homme dont la vie est chère à des peuples entiers,—un fléau pour les méchants et les traîtres,—un ami sûr et dévoué pour les gens de bien.

—Vous me pardonnerez, seigneur capitaine, dit don Ramon avec une nuance d'ironie, de ne pas bien comprendre ces titres nouveaux pour moi. Votre renommée n'est point parvenue jusqu'en ces montagnes reculées, votre naissance et votre fortune seraient-elles à son niveau?

—Sous le rapport de la naissance, et même sous celui de la fortune, le comte de Roqueforte ne le cède point aux Garba y Palos.

—Les Garba y Palos descendent des rois d'Aragon.

—Je le sais, et je sais de même que dona Isabelle descend par sa mère des illustres souverains du Pérou.