Don Ramon entrait dans la salle par la porte opposée à celle du vestibule.
Brun, pâle, maigre, à traits réguliers et qui ne manquaient pas de caractère, le jeune marquis de Garba y Palos était Espagnol de pied en cap. Élevé en Galice par ses vieux parents maternels, il avait appris dès l'enfance à blâmer tous les actes d'un père qu'il ne connut que fort peu, et dont la juste prédilection pour sa fille Isabelle irrita sa jalousie. Il avait les qualités de sa race ainsi qu'il en avait les défauts: le sentiment de l'hospitalité, par exemple, dominait son naturel ombrageux.
Du haut de son balcon il venait d'être rude jusqu'à la grossièreté; mais Léon était sous son toit maintenant, il se piqua de courtoisie envers cet hôte qu'il recevait de guerre lasse, et saluant sans roideur:
—Monsieur le capitaine, dit-il, que Dieu garde Votre Seigneurie!
Léon, qui n'ignorait aucune des formules de la politesse castillane, répondit sur le même ton:
—Puisse Votre Excellence vivre de longues années avec la bénédiction de Dieu!
Isabelle, bien résolue à exiger la réparation des insultes publiques de son frère, observait en silence dans une attitude à la fois fière et réservée.
Don Ramon présenta un siége au corsaire; ils s'assirent, Isabelle resta debout, sa cravache à la main.
—Monsieur le marquis, dit Léon, mes instants sont comptés; avant le coucher du soleil, je veux être sous voiles; vous me permettrez donc d'aller droit au fait.