—Le vengeur de ma mère lâchement assassinée! mon sauveur à moi! le compagnon d'armes et l'ami de mon aïeul! le serviteur dévoué de la plus juste des causes!...
—Demonio! interrompit don Ramon. Taisez-vous, Isabelle. Cet homme ose se faire gloire d'être l'allié des José Gabriel et des Andrès de Saïri... Cet homme se fait un mérite d'avoir combattu les Espagnols...
—Oui, certes! s'écria Sans-Peur à bout de patience. Si le marquis votre père vivait encore, il m'accueillerait comme un fils et vous maudirait, vous, comme un enfant dénaturé. Notre cause était la sienne...
—Mon père fut un insensé qui épousa une femme barbare.
—Paroles impies! disait Isabelle. Vous nous insulterez donc tous, vivants ou morts, tous, mon aïeul, ma mère, mon fiancé, moi, et jusqu'à mon père!... Vous l'avez appelé insensé, vous; eh bien! c'est moi qui vous renie maintenant... Osez regarder son portrait... osez lever les yeux sur sa fille!
Don Ramon voulut répondre à ce défi.
Il pâlit en voyant derrière sa sœur le tabellion et le prêtre amenés par le Galicien qui les avait mis au courant de la situation.—Ils avaient tout entendu; leur désapprobation se lisait sur leurs traits.
—Au nom de Dieu, marquis de Garba, rétractez-vous! dit le prêtre avec autorité.
Le comte de Roqueforte remettait au tabellion un pli qu'il destinait d'abord au frère d'Isabelle, mais au seul nom de Lion de la mer, la conférence avait dégénéré en querelle; bien des explications regrettables faisaient ainsi défaut.
—Maître, disait Léon au notaire, lisez et procédez conformément aux lois.