L'acte rédigé en due forme était le consentement d'Andrès de Saïri, cacique de Tinta, au mariage de sa petite-fille et unique héritière, Isabelle de Garba y Palos, avec le comte de Roqueforte son ami. On y avait annexé l'état des biens laissés au Pérou par le défunt marquis, et la copie du testament déposé par lui à Lima avant de se rembarquer pour l'Espagne.
—Ces pièces sont parfaitement en règle, dit l'homme de loi. Prévenu par votre messager, j'ai apporté tout ce qu'il me faut pour dresser le contrat de mariage.
—Faites large la part de don Ramon, dit le corsaire. Ceci n'est pas pour moi une étroite question d'argent.
Léon rejoignit Isabelle.
—Votre frère va se rendre aux paroles de ce vénérable prêtre. Oubliez ses emportements, noble amie, daignez partager ma joie. Dans une heure, vous aurez à jamais rompu avec l'Espagne et avec la famille de votre frère; dans une heure, vous serez Française, et rattachée cependant par un lien nouveau à la patrie de votre mère, dont la cause fut la mienne.
Isabelle, doucement émue, se laissait captiver par les doux propos de Léon, qui bientôt ne lui parla plus que du passé:
—Je vous vis en costume de voyage. L'enfant de Catalina était devenue jeune fille, et l'emportait par ses grâces même sur les grâces de sa mère. Je vous aurais reconnue à votre ressemblance avec elle. Vous m'apparaissiez radieuse comme le soleil dont vos aïeux se disaient les fils; je fus ravi en extase. Je revenais au Pérou, après dix ans d'absence, avec le dessein d'y rejoindre votre aïeul, mon vieil ami, et de m'y présenter à votre père qui ne m'a jamais connu que de nom. J'y revenais, non sans penser que vous étiez sans doute une charmante jeune fille, et que vous pourriez bien être celle qui s'associerait à mon étrange destinée; mais ce n'était là qu'une idée sans consistance. A votre seul aspect, elle se transforma en résolution inébranlable. Il y a deux ans que je vous connais, Isabelle, telle que vous connaît le brave Andrès, et telle que vous êtes, Ô digne fille de Catalina!—deux ans que votre souvenir se marie à toutes mes pensées, se mêle à tous mes desseins et grandit avec mes plus grandes ambitions.
—Mais me direz-vous, demanda Isabelle, pourquoi m'ayant vue avec mon père, vous ne nous avez point parlé?
—La fatalité m'en empêcha. Écoutez!... L'accès du Pérou m'était doublement interdit; j'étais étranger, j'étais proscrit comme ayant pris part à l'insurrection de José Gabriel. Votre aïeul fut amnistié en vertu d'une capitulation royale; votre père, délivré de prison, fut remis en possession de ses titres et dignités, avec la noble mission d'achever par la douceur la pacification de la contrée; mais moi, je n'étais amnistié, ni gracié; je ne pouvais même l'être, à cause de ma qualité d'étranger. Qu'on reconnût le Lion de la mer, il était pris et condamné au dernier supplice, comme le fut l'illustre José Gabriel.
—Et vous osiez revenir au Pérou, imprudent!