—Mais vous êtes toujours dans ce pays un rebelle, un insurgé, un proscrit?
—Oui, sans doute... Qu'importe! je suis toujours aussi le Lion de la mer. Les côtes du Pérou n'ont pas de secrets pour moi. J'en ai sondé toutes les passes, j'en connais tous les écueils, tous les courants, tous les dangers, qui seront mes auxiliaires à l'heure du péril, et je sais dans quelle anse isolée nous attend Andrès de Saïri.
Don Ramon ne s'était pas rendu aux ordres évangéliques du prêtre, l'un des plus vénérables ecclésiastiques du canton. Après avoir parlé au nom du ciel, le ministre de paix employa des arguments purement terrestres:
—Comment pourriez-vous désormais vous opposer au mariage de mademoiselle votre sœur? Regardez ce qui se passe autour de votre château. Les miquelets et les miliciens fraternisent avec les marins français; tout le pays prend un air de fête. Les jeunes filles apportent des bouquets; tous les gens du canton, convaincus de la générosité du capitaine Sans-Peur, s'assemblent dans l'espoir qu'il leur donnera des marques de sa munificence...
C'était à deux pas de la porte du vestibule, auprès de la fenêtre ouverte sur la cour d'honneur, que le bon prêtre parlait ainsi. Don Ramon l'interrompit avec rage:
—Je ne suis donc plus maître chez moi!... Il faudrait subir la loi de cet étranger!... Non! non! je le tuerai plutôt de ma propre main!...
Le prêtre se plaça devant don Ramon qui essaya de le repousser, mais Taillevent n'avait fait qu'un bond; de ses mains vigoureuses, il avait saisi les deux bras de l'hidalgo:
—Voyons un peu, s'il vous plaît!... Tuez!... Allons! ne vous gênez pas!... disait-il en ricanant.
—Laisse donc le marquis! s'écria Sans-Peur.