A la faveur d'un beau clair de lune et d'un bon vent de sud-est, l'escadrille des corsaires franchit la barre. Chaque navire traînait à sa remorque une grosse barque chargée de matières incendiaires.
XVI
JOURNAL DE ROUTE.
Le style marin est d'une admirable concision, non sur le gaillard d'avant lorsqu'on en est au chapitre des contes de bord ou des relations de campagne, mais sur le journal de route ou table de loch, à la colonne des événements. Aussi, le plus court moyen de raconter la traversée de Bayonne au Pérou faite par le Lion, serait-il de transcrire les pages les plus saillantes du journal rédigé par les officiers et pilotins de quart, sous le contrôle du capitaine; en sorte qu'on lirait tout d'abord:
10 mars.—Quart de huit heures à minuit.
«Beau temps, belle mer, fraîche brise de sud-est, à neuf heures et demie appareillé de conserve avec les six corsaires: l'Adour, le Basque libre, la Belle Républicaine, les Basses-Pyrénées, l'Égalité, le Sans-Souci, chacun notre brûlot à la traîne.—Quatre voiles en vue: une frégate, une corvette et deux brigs de guerre, courant largue tribord amures.—Couru droit dessus.—Rien de nouveau.
«L'officier de quart: Paul Déravis.»
Ce laconisme est excellent et mérite d'être imité, mais les termes techniques rendraient par trop obscure la transcription littérale de la table de loch.
11 mars.—Quart de minuit à quatre heures.