Tous les marins du pays les escortaient.

Les sans-culottes les plus exaltés trouvèrent qu'on rendait beaucoup d'honneurs à un aristocrate fort mal défroqué, s'il fallait en croire les gens de son propre bord: «Il s'était marié en Espagne, au pied des autels catholiques, avec la sœur d'un marquis, et pavoisait son navire d'armoiries nobiliaires.» Au club de l'Égalité, on parla de dénoncer fraternellement à la commune le capitaine du Lion.

Les festins et les plaisirs des corsaires continuèrent à mettre en rumeur les bas quartiers, tandis qu'un banquet civique était offert à Léon, à Isabelle et aux officiers de leur bord, par toutes les notabilités maritimes de Bayonne. Quelques sans-culottes imprudents se firent rosser dans la rue des Cordeliers par les matelots du Lion, lesquels furent traités d'aristocrates et de suspects.


Le troisième jour, en dépit de la mauvaise grâce du citoyen adjoint, Léon de Roqueforte, dit Sans-Peur, et Isabelle de Garba y Palos furent unis, conformément aux lois de la République une et indivisible. Aux applaudissements de tous les marins, et malgré les murmures des clubistes ameutés qui n'osèrent plus faire des leurs, les jeunes et glorieux époux furent ramenés à leur bord, où Sans-Peur rendit un banquet splendide à ses amphitryons de la veille.—Le Lion devait appareiller après le dessert.

La vigie de la côte signala tout à coup, comme croisant au large, une frégate, une corvette et deux brigs, dont l'un paraissait de coupe anglaise.

—Eh bien! faisons escorte à notre frère et ami Sans-Peur! s'écrièrent les capitaines de Bayonne. A lui le commandement général!

—Frères, vous me comblez d'honneur! répondit Léon. A vos santés! au succès de nos armes, et vive la patrie!...

Après le banquet d'adieux, le feu d'artifice!...

—Chacun à son bord!... attrape à prendre le large!...