2o. Droit public de l’Europe, fondé sur les traités, depuis la paix de Westphalie, en 1648, jusqu’à nos jours.
(La première édition est de 1748, en deux volumes; la seconde de 1754, en 3 vol.; la meilleure est celle de Genève 1764, aussi en 3 volumes).
([Page 8] de l’Éloge.) Le droit public de l’Europe parut la même année que l’esprit des lois.
Cette science du droit public, jusqu’alors hérissée de difficultés, parut claire, méthodique et facile sous la plume de l’auteur. Le succès n’en fut pas douteux. Ce livre écrit pour des hommes d’état, et même pour de simples citoyens, s’ils savent penser[j], est dans tous les cabinets de l’Europe, depuis la cour de Pétersbourg jusqu’à la république de Lucques. On l’enseigne publiquement dans les universités d’Angleterre. Il est traduit dans toutes les langues, et il plaça l’auteur au rang des premiers publicistes de l’Europe.
[j] V. Préface du Droit public.
Ce n’est pas sans éprouver d’obstacles qu’il enrichit la France de cet ouvrage nécessaire; quand Mably voulut le faire imprimer, l’homme en place à qui il s’adressa, le reçut fort mal, et lui dit: Qui êtes-vous, M. l’abbé, pour écrire sur les intérêts de l’Europe? êtes-vous ministre ou ambassadeur? Il auroit pu faire la même réponse que Rousseau fit à ceux qui demandoient s’il étoit prince ou législateur, pour écrire sur la politique.—«Si j’étois prince ou législateur, je ne perdrois pas mon temps à dire ce qu’il faut faire, je le ferois ou je me tairois.» (Contrat Social, pag. 2.)
La permission d’imprimer, lui fut donc durement refusée; l’abbé de Mably contint son imagination, et se retira sans rien dire. Il fit imprimer son livre chez l’étranger, mais il fallut toute la protection d’un autre ministre moins timide[k], pour empêcher qu’on n’en saisit les exemplaires.
[k] M. d’Argenson.
L’esprit des lois, et quelques autres livres qui honorent la langue et la nation, ont été arrêtés par les mêmes obstacles, qu’ils n’éprouveroient certainement pas aujourd’hui sous un ministère ami des lettres, qui loin de les redouter, semble solliciter les lumières des esprits supérieurs.
3o. Observation sur les Grecs.