Sa mort et son épitaphe.

[5] Ses amis, la France et l’Europe le perdirent le 23 avril 1785, étant âgé de 76 ans.

Son épitaphe, ouvrage de l’amitié éclairée, contient tout son éloge; nous ne pouvons nous refuser au plaisir de la copier.

D. O. M.

Hic Jacet
GABRIEL BONNOT DE MABLY,
Gratianopolitanus,
Juris Naturæ et Gentium
Indicator indefessus, audax, felix
Dignitatis humanæ vindex,
Orbis utriusque suffragiis ornatus,
Politicis scriptis nulli secundus;
Eventum præteritorum causas detexit,
Futuros prænunciavit,
Quæ ad præparandos, quæ ad avertendos
Docuit;
Recti pervicax
Quid pulchrum, quid turpe,
Quid utile, quid non,
Dixit:
Vir paucorum hominum,
Censu brevi nihil rerum indigus
Honores, divitias,
Omnimoda servitii vincula
Constanter aspernatus;
Vita innocuus, religionis cultor,
Æquissimo animo
Obiit 23â. D. apr. 1785. Nat. 14â.
D. Mart. 1709.
H. M.
Modicum et mansurum,
Amico æternum flebili,
Testamenti Curatores posuere.

Les mêmes amis de l’abbé de Mably, qui ont si bien caractérisé son ame et ses écrits, avoient formé le projet de consacrer à sa mémoire un modeste monument dans l’église où il a été inhumé; tout alloit être exécuté, quand des ordres émanés des supérieurs ecclésiastiques ont tout arrêté. On a refusé un tombeau au moderne Phocion; c’est une ressemblance de plus avec le Phocion d’Athènes.

Ces amis, vraiment dignes de ce nom, ont voulu perpétuer ses traits: on ne pouvoit du moins leur envier cette douce satisfaction. L’abbé de Mably, différent des gens de lettres, qui commencent par gratifier le public de leurs gravures, en attendant qu’ils soient illustres, n’avoit pas souffert qu’on gravât son portrait pendant sa vie; mais après sa mort, ils le firent exécuter par un artiste habile, Pugos, et ce portrait est parfaitement ressemblant. Tous les traits de l’homme de bien y sont vivans; la vertu sévère y respire: au bas, on lit ce vers de Juvénal, qui semble fait pour lui:

Acer et indomitus, Libertatisque Magister.

(Satyre 2, v. 78.)

Ainsi donc, après que l’éloge public qui lui a été décerné, aura obtenu le suffrage et la sanction de l’académie, et qu’elle aura ainsi imprimé à son nom, le sceau de l’immortalité, il ne manquera plus rien à sa gloire, qu’une statue à côté de celles de ces grands citoyens qui ont bien mérité de la patrie.