Que les provinces de la domination française n’eussent pas d’abord été partagées en autant de royaumes qu’un roi laissoit de fils; que ces partages, au lieu d’être enclavés les uns dans les autres, et de donner souvent à deux princes différens, une même[42] ville, eussent été faits suivant les règles d’une sage politique; les Français moins divisés entre eux par des haines et des intérêts domestiques, auroient commencé à être plus citoyens que soldats; et n’auroient pas, cependant, été assez bons citoyens, pour mettre leur pays en sûreté contre les étrangers. Que dans leurs guerres, ils eussent cessé d’être des brigands, que tout ne fût pas devenu la proie et le butin du vainqueur; ils se seroient bientôt lassés de porter les armes, la guerre ne leur eût paru qu’un métier dur et pénible, il auroit fallu avoir une armée mercenaire, la payer des impôts levés sur les peuples; et les Français, amollis comme les Vandales, les Visigoths, &c. n’auroient plus été en état de contenir les Germains au-delà du Rhin, et les Sarrasins au-delà des Pyrénées. Le génie tout militaire que les Français répandirent dans les Gaules, leur conserva leur conquête; il les rendit plus forts que leurs ennemis, dont le gouvernement n’étoit pas moins vicieux que celui des rois Mérovingiens.

Fin du livre premier.


OBSERVATIONS
SUR
L’HISTOIRE DE FRANCE.


LIVRE SECOND.


CHAPITRE PREMIER.

Origine du sacre des rois de France.—Du gouvernement et de la politique de Pepin.—Il s’établit un nouvel ordre de succession au trône.