Contenant les Observations sur l’histoire des Grecs et des Romains.
A PARIS,
De l’imprimerie de Ch. Desbriere, rue et place
Croix, chaussée du Montblanc, ci-devant d’Antin.
L’an III de la République,
(1794 à 1795.)
OBSERVATIONS
SUR
L’HISTOIRE DE LA GRECE.
A MONSIEUR
L’ABBÉ DE R***.
Il y a déjà plusieurs années, mon cher abbé, que je vous ai offert la première ébauche de mon travail sur l’Histoire de l’ancienne Grèce; mais je me suis aperçu depuis combien ce présent étoit peu digne de vous. Horace étoit un grand maître; et j’ai appris par mon expérience qu’il est dangereux de ne pas laisser mûrir pendant plusieurs années ses écrits dans son porte-feuille: nonum prematur in annum. Il est impossible de juger avec justice un ouvrage qu’on vient de finir; il faut l’oublier; on le revoit alors de sang-froid et avec les nouvelles connoissances qu’on a acquises; notre amour-propre d’auteur ne nous dérobe plus nos erreurs et nos fautes; il nous les présente, au contraire, comme autant de preuves des progrès que nous avons faits.
L’ouvrage que je vous adresse aujourd’hui n’est encore qu’une suite de réflexions sur les mœurs, le gouvernement et la politique de la Grèce; j’y recherche les causes générales et particulières de sa prospérité et de ses malheurs. Il m’arrive souvent aujourd’hui de louer ce que j’ai blâmé dans mes premières observations, et de blâmer les mêmes choses que j’ai louées; c’est qu’il y a eu un temps où je regardois de certaines maximes sur la grandeur, la puissance et la fortune des états, comme autant de vérités incontestables; et qu’après quinze ans de méditations sur les mêmes objets, je suis parvenu à ne les voir que comme des erreurs que nos passions et l’habitude ont consacrées.