Laissez vos Grecs, m’a-t-on dit plusieurs fois, leur histoire est usée. Qui ne connoît pas Lacédémone, Lycurgue, Athènes, Solon, Thèbes, Epaminondas, la ligue des Achéens et Aratus? On est las d’entendre parler de la bataille de Salamine et de la guerre du Péloponèse. Pouvois-je, mon cher abbé, me rendre à ces conseils? Quand on a mal réussi en traitant un beau sujet, est-il possible de ne pas recommencer son ouvrage? J’aurois pu laisser mes Observations sur les Grecs, telles qu’elles étoient, s’il n’avoit été question que de corriger des fautes d’écrivain; mais il falloit ne pas laisser subsister une doctrine dangereuse: des maximes fausses en politique intéressent trop le bonheur des hommes pour qu’un auteur ne doive pas se rétracter quand il parvient à connoître la vérité.

Ce seroit un grand malheur, si on se lassoit d’étudier les Grecs et les Romains; l’histoire de ces deux peuples est une grande école de morale et de politique: on n’y voit pas seulement jusqu’où peuvent s’élever les vertus et les talens des hommes sous les lois d’un sage gouvernement, leurs fautes mêmes serviront éternellement de leçons aux hommes. Puissent les princes, en voyant les suites funestes de l’ambition de Sparte et d’Athènes, et des divisions des Grecs, connoître et aimer les devoirs de la société! Je sais que la plupart des faits intéressans de ces deux nations sont connus de tout le monde, et qu’on fatiguera son lecteur, quand on les racontera après les historiens anciens: mais fera-t-on un ouvrage désagréable et inutile aux personnes qui aiment à penser, quand on cherchera à développer les causes de ces grands événemens? Cette matière est inépuisable et sera toujours nouvelle. Je ne vous présente, mon cher abbé, qu’un foible essai, et je ne doute point que des écrivains plus habiles que moi ne trouvent encore dans l’histoire de la Grèce une abondante moisson de réflexions nouvelles, et également utiles à la morale et à la politique.

En vous donnant une marque publique des sentimens d’estime et de tendresse que j’ai pour vous, pourquoi ne voulez-vous pas, mon cher abbé, que j’aie le plaisir de parler des bonnes qualités de mon ami? Il faut me taire, puisque vous le désirez, et je sacrifie à votre délicatesse tous les éloges que vous méritez. Si l’ouvrage nouveau que j’ai fait sur les Grecs est digne de l’attention du public, je serai d’autant plus charmé d’avoir corrigé mes fautes, que rien ne peut être plus agréable pour moi que de penser que ce monument que j’élève à notre amitié, étant lié à un ouvrage digne de vivre, perpétuera le souvenir des sentimens inviolables qui nous unissent.


SOMMAIRES.

LIVRE PREMIER.

Mœurs et gouvernement des premiers Grecs. Des causes qui contribuèrent à ne faire de toute la Grèce qu’une république fédérative, dont Lacédémone devient la capitale. Réflexions sur cette forme de gouvernement. De la guerre de Xercès.

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LIVRE II.