— Et vos femmes ?

— Elles nettoient les étables, donnent le fourrage au bétail, mais fort peu, la quantité rigoureusement indispensable à calmer la faim. C’est par prévoyance et parce que les bêtes dorment continuellement.

— Et après la première prière ?

— Nous mangeons ; puis vient la seconde prière, car nous disons les cinq prières canoniques. Nous mangeons tantôt des abricots secs qui ont bouilli dans l’eau ; c’est une bonne soupe, ma foi ! où l’on trempe le pain ; tantôt de l’aïrane séché, ou bien des noyaux d’abricots. A les casser avec une pierre on passe des heures. Les mollahs content des histoires, nous lisent le Coran. On les écoute attentivement.

— Les mollahs sont-ils nombreux parmi vous ?

— Oui, beaucoup peuvent réciter la prière, déchiffrer les livres.

— A quoi cela tient-il ?

— C’est que, pendant l’hiver, nos enfants sont oisifs, et ils apprennent à lire sous la direction du plus instruit d’entre nous. Quand ils ont bonne mémoire, ils retiennent les enseignements ; puis, devenus à leur tour mollahs, ils descendent quelquefois dans la vallée vivre de leur savoir. »

Mais les nuages se dispersent, il est temps de partir. On saute à cheval et l’on continue la marche par les sentiers glissants. Partout les abricotiers sont chargés de fruits innombrables, mais encore verts. A l’entrée du village est un cimetière ; des perches ornées de guenilles sont piquées sur les tombes.

Est-ce aussi pour rendre hommage à ses frères morts qu’on a attaché des loques de toutes couleurs aux basses branches d’un saule qui se dresse solitaire sur le chemin de Kichartab ?