Il est vrai qu’elles n’ont pas le loisir de se livrer aux soins de la toilette, et que la coquetterie leur est inconnue. Le meilleur moyen de plaire à leurs seigneurs, pères ou maris, est de travailler sans relâche. Eux se réservent le labeur des champs ; ils sèment, ils moissonnent ; ici l’on cultive peu, et le sexe fort a la part belle, au détriment des esclaves à longue robe.

A Kichartab, sur la rive droite, où une pluie battante nous oblige à faire halte, un brave homme nous offre un abri sous le portail de sa maison. Dans l’attente d’une éclaircie, nous le questionnons ; il nous répond très-gentiment.

« Aksakal, lui dit-on, ne trouves-tu point que les nuits sont déjà bien froides, en ce mois de juin ?

— Non, car nous sommes accoutumés à supporter des hivers très-longs et très-rigoureux, et le chaud est notre ennemi.

— A quelle époque commence l’hiver ?

— En septembre, avec la chute des premières neiges ; puis, pendant quatre mois au moins, les communications sont interrompues entre les différents villages de la vallée. Aussi devons-nous faire assez de provisions pour attendre les beaux jours. »

Il nous montre des amas d’herbes, de bois, de broussailles, tels que nous en avons remarqué avant Kichartab.

« Tiens, voilà les préparatifs commencés ; c’est avec cela qu’on se chauffe, et, dans un but d’économie, ceux de même sang se réunissent au même foyer.

— Quelles sont vos occupations durant la mauvaise saison ? L’ennui ne vous prend-il point de vivre ainsi cloîtrés dans vos maisons ? Comment passez-vous votre journée ?

— Au réveil, le premier travail est d’enlever la neige qui s’est accumulée pendant la nuit dans les petits sentiers reliant nos demeures entre elles ; puis on débarrasse les toits qu’un surcroît de charge pourrait rompre. Les hommes se rendent ensuite à l’appel du mollah, et la première prière est d’abord dite en commun.