A l’extrémité de baguettes minces, on a entortillé des mèches de coton roulées à la main, puis imprégnées de beurre. Cela donne une lumière faible et inégale. L’emploi n’en est pas extrêmement facile, car il faut un homme qui surveille le primitif ustensile et déroule la mèche à mesure qu’elle est consumée. Décidément, il est préférable de se servir d’un semblant de lampe, d’allumer une mèche nageant dans un vase en terre rempli de beurre. Il y a des flambées subites qui s’élancent, font vaciller nos ombres sur les murs de la mosquée, et les curieux regardant par les fentes doivent penser que les Faranguis, occupés à remuer des herbes et des insectes, font œuvre de sorcellerie.
Dorénavant nous écrirons, autant que possible, à la lueur d’une lampe au beurre, et réserverons notre chandelle pour veiller dans les endroits inhabités ou les campements en plein air. Tout près du village, en descendant la rive droite du Yagnaou, on aperçoit comme de gigantesques champignons de brèche. Ils ont de cinq à six mètres de haut et portent souvent de travers un lourd chapeau sur une colonne plus ou moins svelte. C’est un phénomène d’érosion très-curieux.
La pluie tombe presque sans interruption, nos plantes sèchent difficilement. On quitte Anzobe dans la matinée, et malgré un rayon de soleil qui éclaire le départ, nous endossons nos chakmanes. L’été est court dans le Yagnaou ; le 26 juin, on y grelotte ; que sera-ce durant l’hiver ?
Aussi, en passant dans les villages de vingt à soixante maisons, bâtis sur des îlots de terre cultivable, nous trouvons tous les gens occupés au même travail, à ramasser du combustible et à préparer les conserves destinées à passer les temps froids.
Les cigales seraient mal venues dans ce pays, et le sexe faible n’y chante point, ne pince point de la guitare. La plupart de ces dames, que nous apercevons au-dessous de nous, derrière les masures, pétrissent en ce moment des galettes de kisiak, dont la pâte est le fumier du bétail.
Chaque galette pétrie, façonnée à la main, est ensuite collée contre la muraille et sèche à l’air. Lorsque le soleil a disparu, que le froid, mettant dans l’air des paillettes de glace, fait pâlir même le bleu du ciel, on détache ces massepains précieux, et on les rompt en petits morceaux qui alimentent le feu de l’âtre et empêchent les êtres de périr.
Déjà chacun amoncelle les broussailles, recueille la moindre écaille de bois, et place la provision près de sa porte.
Les plates-formes des toits supportent fréquemment des nattes avec de longues files de petits fromages. Ils sont préparés avec du lait caillé qu’on expose à l’air tout simplement : c’est la provision d’hiver.
L’herbe est coupée, étalée ; ailleurs, les meules commencées : c’est du fourrage pour soutenir le bétail pendant l’hiver.
Partout les femmes travaillent, vêtues d’une longue chemise de couleur sombre, d’un pantalon de grosse toile de coton ; elles sont quelquefois nu-tête, et, très-brunes, les longs cheveux en broussailles sur les épaules, elles ont l’air de Salomés mal peignées.