GABRIEL BONVALOT

L’ASIE INCONNUE

A TRAVERS LE TIBET

PARIS
ERNEST FLAMMARION, ÉDITEUR
26, RUE RACINE, PRÈS L’ODÉON

Tous droits réservés.

PARIS. — IMP. E. FLAMMARION, RUE RACINE, 26.

L’ASIE INCONNUE

CHAPITRE PREMIER
DANS LE TIEN CHAN CHINOIS

En janvier 1889, chez mon brave ami Henri Lorin, qui me rappelait cela à Paris, à mon retour, nous parlions explorations, voyages ; il me demandait quel nouveau projet j’avais en tête et si je songeais encore à l’Asie. Je lui répondais qu’un beau voyage serait d’aller par terre de Paris au Tonkin, de jalonner hardiment une route à travers tout le vieux continent. Et lorsque Henri Lorin m’invita à lui montrer sur la carte mon itinéraire probable, je traçai une ligne à travers le Turkestan chinois, les hauts plateaux du Tibet et les vallées des grands fleuves de la Chine et de la presqu’île indo-chinoise. A ceux qui regardaient par-dessus mon épaule, ce plan paraissait superbe, et moi, encore fatigué du Pamir, je ne voulais pas même songer à l’exécuter : pour la bonne raison que lorsque je me chante voyage, je me laisse prendre incontinent à cette pipée de mon imagination.

A quelques mois de là, je revenais de l’Exposition, qu’on installait et où j’avais été prendre l’air des pays lointains, lorsque ce même ami m’écrivit que quelqu’un désirait voyager avec moi en Asie. Il s’agissait de savoir si c’était une personne décidée à me suivre partout, mon intention n’étant pas de globe-trotter pour passer le temps, mais d’explorer. On me répondit selon mes désirs. Du coup, j’oubliai les promesses que j’avais faites de me reposer et je me précipitai sur les récits du Père Huc et de Prjevalsky.