L’amban, ayant été invité à leur demander de préciser la distance, dit :
« Combien de lavères y a-t-il ? »
Lavère en tibétain signifie li, mesure chinoise de 400 mètres environ.
« Lavère, lavère, lavère, murmurent les deux sauvages en se regardant et en se grattant l’oreille, nous ne connaissons pas ce Pays. »
Dans leur ignorance ils avaient pris une mesure de chemin pour le nom d’un camp quelconque. Ceci est compréhensible de la part de sauvages, qui n’ont aucun besoin de précision.
Les lamas s’occupent de réquisitionner auprès des Djachas les yaks et les chevaux nécessaires à toute la caravane. Il en faut beaucoup, et les Djachas ou Djachoug, Tatchoug, Tjachoug, suivant la prononciation des individus, refusent de fournir ce qu’on leur demande et ils s’irritent, crient, menacent. Alors le ta-lama mande les principaux d’entre les Djachas. Dès qu’ils ont reçu cet ordre, ils arrivent, mais calmes, penauds.
Le ta-lama fait ouvrir la portière de la tente, et du haut de l’estrade, où il se tient les jambes croisées, les mains dans ses manches, il leur parle tranquillement. A peine a-t-il ouvert la bouche que les sauvages s’inclinent, et, dans la posture d’enfants attendant la fessée, ils baissent la tête, osent à peine lever les yeux.
« Lalesse (entendu), disent-ils humblement, lalesse, lalesse ! »
Et lorsque le ta-lama, pour conclure, leur dit, toujours de sa voix tranquille :
« Est-ce que par hasard vous voudriez mécontenter le djongoro boutchi (le bouddha vivant), le Tale Lama (le Grand Lama) ?