Bientôt quatre hommes se dirigent vers notre camp. Deux anciens viennent nous offrir des présents. Ils déposent devant nous trois peaux de renard, une peau de loup. Ils ne laissent pas d’être intimidés par notre présence. Nos gens les entourent, leur serrent les mains : « Salamat ! Salamat ! Soyez bienvenus ! Soyez bienvenus ! » On les invite à s’asseoir près du feu. Ils n’osent croiser les jambes, ils sont mal à l’aise et se tiennent accroupis un genou à terre. Ils roulent des yeux effarés.
On les traite avec bienveillance, on leur donne de la viande cuite, du thé, du pain, du sucre. Ils mettent de côté la viande cuite, boivent le thé avec avidité, touchent à peine le sucre, et l’ayant passé sur leur langue ils le serrent dans leur main ; quant au pain, ils le rompent avec soin, ils le mangent avec religion comme un mets qui honorerait leur corps. Leurs figures se détendent enfin, elles expriment le bonheur. L’un d’eux, à barbe plus fournie qui nous l’a fait baptiser Tzigane, se penche vers son voisin et tout doucement chuchote quelques mots en souriant. Ils échangent un regard difficile à traduire et où il y a de l’étonnement, l’étonnement d’être aussi bien traités.
Nous profitons de leurs bonnes dispositions pour les questionner :
« Avez-vous vu le fils de votre ami Abdoullah Ousta ?
— Oui, répond le moins barbu ; il n’a pas trouvé beaucoup d’or et il chasse. Il est en bonne santé.
— Avez-vous fait bonne chasse ?
— Nous avons tué six koulanes et pris au piège trois renards et un loup.
— En combien de temps ?
— En un mois. Aussi nous sommes à court de vivres, et depuis deux semaines nous nous nourrissons de viande que nous faisons dégeler.
— N’avez-vous que de la viande ?