Elle l'écoutait avec une attention étonnée, pareille à ces profanes qui entendent pour la première fois de la musique nouvelle. Les paroles ardentes de René, tombant sur son désir inconscient, l'avaient soudainement embrasée, comme un flot d'alcool versé sur un feu qui couve. Le trouble sensuel peu à peu s'emparait d'elle, lui emplissait le cerveau d'une rumeur bourdonnante, ainsi qu'une coquille marine collée contre l'oreille. Elle n'avait plus le mouvement des lèvres qui lui était familier; sa bouche, au contraire, violemment contractée, trahissait son émotion. Et, tout à coup, elle se mit à trembler nerveusement, fébrilement, sans pouvoir s'arrêter, comme une feuille sous un vent d'orage. Elle se sentit les artères vides et le cœur pris dans un étau.
D'un effort prodigieux, elle tendit toute sa volonté et se leva.
—Marchons un peu... je vous en prie...
Il la suivit, machinalement, les yeux égarés. Elle avançait, sans se retourner, raidie dans une défense crispée. Parfois les branches basses l'obligeaient à se pencher; il voyait la taille flexible se courber d'un mouvement souple et gracieux. Comme elle passait près d'une tombe, sous un laurier-rose couvert de fleurs, il s'approcha d'elle, brusquement et l'appela.
—Madeleine!
Elle tressaillit, s'arrêta, et, sans le regarder, le supplia.
—Taisez-vous, je vous en prie...
Le soleil filtrait à travers les feuillages, lui mettait de petites taches sur la peau.
—Madeleine! dit-il encore.
Elle leva les yeux et leurs regards se rencontrèrent. Ils se crurent enveloppés d'une flamme. Tout vacilla autour d'eux. Ils eurent la sensation de perdre pied dans un gouffre sans fond. Alors, d'un même mouvement, sans prononcer une parole, ils s'étreignirent frénétiquement. Leurs bouches se prirent dans un baiser qui fut plus une morsure qu'une caresse. Quand leurs lèvres se descellèrent, il leur sembla qu'ils s'arrachaient la chair.