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Qu'il nous conduise au pays de Stendhal, au pays de Tristan, ou bien dans les "décors tout trouvés pour des romans provinciaux" où vécut Georges Sand—car Gabriel Faure ne borne pas sa curiosité à l'Italie;—qu'il nous entretienne de l'Espagne, de la Bretagne ou du Dauphiné, il le fait dans les mêmes termes heureux. Son procédé littéraire reste identique parce qu'il est l'expression directe de sa nature.
Gabriel Faure jouit des paysages en sage et en lettré; il va son chemin, attentif, intelligent, prenant des choses tout le plaisir possible, en pleine possession de sa conscience, loin de toute surexcitation intellectuelle ou sensuelle. Il est un vivant miroir qui met son honneur à reproduire avec exactitude les objets qui s'y réfléchissent.
Je me le représente volontiers sous les traits d'un bon jardinier qui, pour avoir servi chez un romancier psychologue, aimerait les lettres et associerait respectueusement le souvenir des grands hommes à la beauté des paysages. Il parcourt le jardin à petits pas, ratissant minutieusement les allées, soignant avec amour les bégonias des plates-bandes et les rosiers de la terrasse. La pelouse par ses soins est toujours verte et rase, le banc de la tonnelle toujours propre. Et quand le soleil suspend des banderoles multicolores au panache du jet d'eau, il sent monter à ses yeux des larmes d'admiration, sourdre en son être une joie infiniment voluptueuse et sereine.
Alphonse Séché
[1]Gabriel Faure est né à Tournon (Ardèche), en 1877, d'une famille originaire de la Drôme.